Koffi N’Guessan : « Nous avons la capacité de changer les choses en Afrique »

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L’agriculture est un secteur prometteur en Afrique, mais assez négligé. Koffi Jacques N’Guessan, conscient de la richesse de la terre a mis en place une entreprise qui valorise les produits agricoles. Avec TYEGRO-CI dont il est le fondateur et PDG, cet Ivoirien entend éveiller les consciences et aider les populations rurales.


Vous êtes un entrepreneur agricole. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Je suis issu d’une famille très pauvre qui n’arrivait pas à s’offrir le repas quotidien. Lorsque j’étais en classe de seconde, j’ai été expulsé de la classe lors d’un devoir car je n’ai pas pu faire une photocopie de 10Francs CFA ; c’est d’ailleurs le jour où j’ai décidé d’entreprendre. J’ai voulu créer de la richesse afin d’aider les élèves dans la même situation que moi à faire des photocopies, à acheter de la nourriture pour tous …
Au départ, je n’avais pas créé TYEGRO-CI pour gagner de l’argent : je n’aimais pas le pognon. Je l’ai créé pour informer nos femmes, maris, enfants, parents, voisins, des dangers qui nous menacent. Mais surtout et par-dessus tout pour rassembler les hommes et les femmes qui souhaitent agir activement et physiquement pour arrêter ce carnage, et réapprendre à être heureux, dans le respect de soi, des autres et de la nature.

Parlez-nous de “The Yaletite Entreprise Group of Côte d’Ivoire” et de ses activités ?
TYEGRO-CI est une entreprise agro-alimentaire qui se singularise par l’innovation agricole au service du développement durable en Afrique.
Elle a pour mission de lutter contre la destruction de la faune au profit du cuir, de la destruction de la forêt au pour l’approvisionnement en charbon de bois pour la cuisine et aussi pour combattre la malnutrition en Côte d’Ivoire et en Afrique. Elle est subdivisée en quatre départements dont :
Le premier produit des céréales, des tubercules et des fruits et légumes de façon naturelle, sans apport d’aucun produit chimique.
Le second transforme la peau de la banane et les déchets agricoles en charbon pour la cuisine ; un charbon qui ne produit aucune fumée et est plus résistant à la carbonisation que celui de bois.
Le troisième se charge de transformer les fèves de cacao en chocolat bio sans farine ni aucun produit chimique.
Le quatrième transforme les feuilles de l’ananas en cuir pour répondre aux besoins des chaussures, des porte-monnaie, des sièges de véhicules …

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Pourquoi un nom anglais dans un pays francophone ?
Le nom est composé de trois langues signifiant une seule phrase et qui explique notre vision. En effet, nous sommes partis d’une langue internationale (anglais) à la langue officielle ivoirienne en passant par notre langue maternelle, notre origine.
“The” = Anglais
“Yaletite” (prononciation :Yalètitè)= un mot de ma langue maternelle qui signifie la pauvreté est mauvaise.
“Entreprise”= mot français
SIGNIFICATION= « Nous allons nous internationaliser tout en n’oubliant pas notre origine car c’est la fureur de la pauvreté qui nous a forgé »

Aux Âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre d’année dit-on. Est-ce vous vous retrouvez dans cette citation vu votre jeune âge ?
Je ne saurai me vanter, je pense que d’autres pourront le faire. Cependant je dirai un grand OUI !

Parlez-nous de la fabrication du charbon à base de déchets agricoles. Quelle importance ?
Notez que le processus de transformation est privé. Mais, sachez simplement qu’il est composé des phases de séchage, de triage, de carbonisation, de broyage, de mélange, de moulages et de séchage du produit finit. Ce charbon est très important dans la mesure où nous sommes en train de subir les conséquences du réchauffement climatique lié à la déforestation, le changement climatique lié au même problème, l’avancée du désert et la montée des eaux â cause du même problème, la famine qui est liée à la pauvreté des sols. Si nous voulons vivre, nous devons faire de ce projet une obligation pour les populations. Je pense que les ministères de la Salubrité et des Eaux et forêts doivent nous sponsoriser afin de sauver le monde.

D’où vous est venue l’idée de transformer les feuilles d’ananas en cuire ?
Tout est parti d’un constat de la disparition de la faune à un rythme inquiétant, et ceci au profit des usines de fabrication de sacs ou de chaussures. De toute l’histoire de notre belle planète Terre, nous sommes visiblement la génération la plus destructrice, armée de notre super technologie. The Yaletite Entreprise Group of Côte d’Ivoire s’engage à sauver la terre, avec ses innovations.

 

 

 

Comment réagit la population ivoirienne face à vos produits ?
La population ivoirienne et africaine accueille nos produits à bras ouverts. En effet, nous nous posions la question jusqu’à ce qu’une étude menée le 21 juin 2018 dans seulement quatre villes de la Côte d’Ivoire (Yamoussoukro, Gagnoa, Bouaké et Issia) auprès de 20 000 personnes nous ont permis de savoir que 12 057 parmi elles désiraient avoir un autre type de cuir et découvrir un autre produit de cuisine.

Cette année, vous avez reçu le prix de la Meilleure StartUp avec à la clé une somme de 8.000 USD. Que représente cette distinction pour vous, au-delà de la valeur pécuniaire ?
En effet, le 27 juin 2018, j’ai reçu le prix The Green Africa Innovation Booster. C’est un prix qui vient féliciter mon équipe. Tout comme nos précédents prix, nous le saluons surtout que si l’organisation nous verse le montant, il nous permettra l’acquisition de quelques machines modernes et adaptée à la transformation.


Par ailleurs, nous avons reçu d’autres prix pour lesquels nous sommes reconnaissants et qui ont permis de faire le chemin parcouru.

*25 octobre 2016, prix de la Meilleure Entreprise Agricole Africaine à Johannesburg sponsorisé par la Fondation Louis Dreyfus.

*25 octobre 2016, prix du troisième Meilleur Entrepreneur Africain sponsorisé par la Fondation Master Card.

*3 Mars 2017, nominé parmi les trois entrepreneurs ivoiriens à représenter la Côte d’Ivoire au Hub-africa à Casablanca.

*Octobre 2017 en Afrique du Sud, prix de la Meilleure Entreprise Jeune Africaine lors du gala annuel de The Anzisha Prize.

*Novembre 2017, nominé parmi les trois entrepreneurs africains les plus remarquables lors du rassemblement annuel du réseau African Leadership Network à Maurice.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous faites face actuellement ?
Nos difficultés sont d’ordre financier. En effet, nous avons une base de données clientèle très importante mais nôtre capacité de production est minime. Nous lançons donc un appel à tous ceux ou celles qui désirent faire affaire avec nous à bien vouloir nous rejoindre au plus vite dans le combat. Nous sommes une Société par Action Simplifiée (SAS).

Avez-vous un appel à lancer au pouvoir public ivoirien en ce qui concerne l’accompagnement des entrepreneurs ?
Si j’ai un appel à lancer, j’appellerai à la prise de conscience des maux qui sont en train de nous nuire. Ce n’est plus une affaire de nationalité ou de race.

L’entrepreneuriat est en vogue sur le continent. Selon vous, l’entrepreneuriat peut-il contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la jeunesse africaine ?
Je dirai que c’est la seule solution pour l’Afrique de sortir ses enfants du chômage, de la malnutrition, de la famine …
Nous avons la capacité de changer les choses en Afrique et je crois que tout passera par ce domaine : l’agriculture et ses innovations. Aucun politicien, aucun étranger ne travaillera ardemment pour le bien-être de tous, ils ne pensent qu’à eux seul. Tous ceux ou celles qui veulent sauver le continent de ses maux, doivent d’abord penser africain, respirer africain, voir africain et être africain.

On peut constater que la plupart de vos partenaires d’affaire sont des femmes. Est-ce un choix délibéré ?
Mon équipe est composée de 28 femmes sur les 48 permanents. Elle est composée dans son ensemble de 41% de veuves, d’orphelins, de personnes handicapées. Mon objectif est de sauver les marginalisés, et les femmes viennent en première position. Vu le manque d’emploi, elles sont harcelées de tous genres, exploitées de toutes les manières. Quant au 41% ils sont jetés aux oubliettes.
C’est ce groupe de personne que je veux sauver à travers un emploi en agriculture.

Comment se fait la collecte des prix des produits proposés par TYEGRO-CI ? L’État ivoirien a-t-il un œil dans le processus ?
Nous fixons nos prix en fonction de nos charges tout en tenant compte du revenu moyen de la population, car bien que nos produits soient de qualité supérieure, nous mettons tout en œuvre pour que même les “pauvres” puissent en bénéficier.

Au-delà de TYEGRO-CI, avez-vous d’autres activités ou réalisations dont vous aimeriez parler avec le public africain ?
Oui, mais c’est personnel, je ne souhaite pas en parler. Notez cependant que je ne fais rien d’illégal.

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Quelle est votre vision de l’Afrique de demain ? Pensez-vous que le continent a les moyens de son développement ?
Le continent est assez riche. Il va falloir créer nous-même nos richesses et changer notre monde plutôt que de tendre toujours la main vers ses ennemis.
Je n’ai jamais bénéficié de prêt et/ou aide extérieure pour mes business, j’ai commencé avec 1 000 F CFA et aujourd’hui je fais un bon chiffre qui me permet de payer 48 personnes en permanence et plus de 118 sous contrat. Nous pouvons tous.

Quel message avez-vous pour la jeunesse africaine ?
Croire en soi, écouter la voix de Dieu et celui du cœur, toujours refuser la facilité, toujours refuser qu’on nous traite d’incapable. Tout est POSSIBLE, rien n’est imPOSSIBLE.

Quel est votre citation préférée ?
J’aime bien celle-ci : « L’innovation agricole au service du développement durable en Afrique ».

Un dernier mot pour finir ?
Ensemble, nous vaincrons la pauvreté avec TYEGRO-CI.

Pour contacter TYEGRO-CI
Mobile: +225 06 57 99 19
Telephone: +225 30 62 82 63
Mail: nguessankoffi005@gmail.com
Site web: www.tyegroci.com
Facebook: Koffi N’Guessan
Twitter: Koffi N’Guessan

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