Le FACA : un espoir de lutte contre la drépanocytose ?

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Une équipe de chercheurs burkinabés a mis en place un médicament à base de plantes, capable de traiter la drépanocytose. Malgré les mauvaises publicités autour de cette avancée significative, le FACA fait son bonhomme de chemin.

Le 19 juin est la journée mondiale dédiée à la lutte contre la drépanocytose. La drépanocytose ou anémie falciforme est une maladie génétique due à la mutation de l’hémoglobine normale en hémoglobine S, conférant alors dans certains cas au globule rouge une forme rigide et allongée dite en faucille ou en feuille d’acanthe.Le globule rouge déformé va boucher les vaisseaux sanguins, empêchant la circulation du sang et occasionnant des crises très douloureuses. C’est la maladie la plus fréquen

te au monde (50 millions de personnes touchées) avec 310 000 naissances concernées chaque année et la plus grande concentration des cas (80%) en Afrique subsaharienne. Elle apparaît chez le nouveau-né entre 2 et 3 mois (2% des naissances touchées en Afrique sub-saharienne) et tue un enfant de 5 ans sur 2 en absence de prise en charge. En 2015 on a dénombré 114 000 morts dues à la maladie.
On lui connaît entre autres symptômes ; l’ictère, un teint pâle, des douleurs abdominales, l’anémie, la sensibilité à d’autres infections.

Les traitements les plus utilisés ont une action limitée et un coût relativement élevé, ce qui en rend l’accès difficile pour la population moyenne des pays pauvres.
En 2010, U-Pharma, une société pharmaceutique burkinabé mit en vente sur le marché un nouveau type de médicament, le FACA, fait à base de plantes médicinales locales, dont le prix (5 fois moins cher que les traitements usuels) et l’efficacité face aux symptômes de la maladie font depuis peu la notoriété.

Tout commence en 1990 quand lors de son stage en milieu rural, un jeune burkinabé étudiant en pharmacie fit connaissance d’un guérisseur traditionnel local. Ce dernier lui fit découvrir une décoction qu’il utilisait dans le traitement de la drépanocytose. Ce sera le début d’une grande aventure. Des années plus tard, une équipe dirigée par le Pr Pierre Guissou sera chargée de l’étude des vertus de ces deux plantes, au sein de l’Institut de Recherche en Sciences de la santé (IRSS, à l’époque appelé Institut de recherche sur les substances naturelles), avec le soutien de l’Etat burkinabé et des donateurs internationaux. La première partie de l’étude a consisté à identifier les plantes composant ladite décoction.

Il s’agit du pommier de sodome (Calotropis procera) et du fagara jaune (Fagara zanthoxyloides). Dans la deuxième étape il s’est agi d’étudier l’efficacité de la préparation face aux différents symptômes de la maladie, ce qui a permis de démontrer les propriétés antifalciformantes, anti-inflammatoires, analgésiques, antipyrétiques et myorelaxantes de la préparation. Ensuite il a fallu passer à l’étude de chaque plante isolément, de façon à identifier les principes actifs efficaces contre la maladie. Les molécules découvertes furent baptisées Burkinabines A, B et C.

Les principes actifs identifiés, il fallait ensuite les mettre sous une forme ingérable par l’organisme : des gélules aux doses de 80 mg pour enfant et 160 mg pour adulte, qui constitueront l’objet d’un essai clinique randomisé Phase II, en double aveugle. Le résultat en a été que le FACA s’est révélé efficace dans la prévention et le traitement de la crise drépanocytaire. Avec d’autres tests complémentaires, le FACA réunissait toutes les conditions préalables à l’autorisation de sa mise sur le marché en tant que phyto-médicament, ce qui fut fait en 2010. En 2011, le FACA fut inscrit sur la liste des médicaments essentiels au Burkina-Faso.

Avec le soutien de l’UEMOA, l’IRSS s’est lancé dans une démarche qualité afin de répondre aux normes internationales de conception (conditions de culture, de production et de conditionnement).

Dans sa réalisation, le projet FACA a fait face à de grands défis :
Du point de vue fourniture des matières premières végétales : il s’est avéré plus facile de s’approvisionner en Calotropis procera que du Fagara xanthoxyloides, ce dernier poussant seulement dans l’ouest et le Sud-ouest du pays. L’IRSS dût alors créer un jardin dédié exclusivement à la culture de cette plante. Un recensement des espèces sauvages existantes de la plante a été également fait, afin de pallier tout risque de pénuries dans l’avenir.

Il a fallu considérer le scepticisme de certains chercheurs et spécialistes africains et européens du domaine, qui ont contesté l’efficacité du FACA, du fait selon eux, de l’absence d’étude scientifique respectant la méthodologie préconisée au niveau international. Le FACA est même souvent comparé au VK500, un autre médicament contre la maladie, créé par un chercheur béninois, mais dont l’efficacité a toujours des difficultés à être prouvée. Contre toute attente, ces critiques ont fait la notoriété du FACA, qui à partir de là s’est fait connaître un peu partout dans le monde.

Néanmoins, à cause de cette mauvaise publicité, beaucoup d’Etats, aussi bien limitrophes que d’autres continents, se sont montrés réticents quant à l’autorisation de mise sur leur marché du FACA. Le médicament n’est pour le moment officiellement autorisé qu’au Burkina Faso, et pour le peu de gens qui l’utilisent dans les autres pays, les commandes se font de façon individuelle. Il faut aussi citer certaines voix qui craignent que le médicament, depuis peu présenté comme image de la capacité scientifique du Burkina, soit utilisé dans un esprit politique.

Ceci dit, le FACA a remporté plusieurs prix nationaux et les recettes de sa vente se sont élevées à environ 22 millions FCFA en 2014. De plus l’IRSS dispose depuis peu d’une documentation de qualité et monte un projet en vue de la certification ISO de l’unité de production du médicament.

En dépit de tout ce qui se dit autour et même si le FACA ne soigne que les symptômes de la drépanocytose (le seul traitement curatif existant consistant en une thérapie génique par greffe de moelle osseuse, toujours en phase expérimentale), ce médicament vient redonner de l’espoir à une Afrique qui avait perdu tout espoir quant aux possibilités de résistances de ses enfants face à cette maladie. Vivement que des recherches connexes soient faites afin que lumière soit faite sur cette affaire et que la population sache de quoi il en retourne exactement.

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